Catégorie : <span>Sciences sociales</span>

Le parkour est-il compétitif ?

Les traceurs se comparent constamment les uns aux autres, tout en cherchant à euphémiser ou à masquer cette guerre des uns contre tous. Ou du moins, c’est quelque chose que j’ai entendu dire à plusieurs reprises ces dernières années. Il ne s’agit pas ici de critiquer encore une fois l’organisation de compétitions de parkour, mais de s’intéresser à ce phénomène de « dénégation » de la compétition[1]. Les traceurs font-ils de la compétition sportive tout en niant que celle-ci existe ? […]

Note critique sur l’ordalie

Dans une vidéo portant sur une certaine boisson caféinée, Un Créatif se demande « Pourquoi on aime se mettre en danger ? ». Voici la réponse donnée par une psychologue :

« C’est toute la question du hasard en fait […] si on doit vulgariser, le comportement ordalique, c’est je vais aller à 250 [km/h] sur l’autoroute, si je ne meurs pas l’univers m’envoie un message que j’ai le droit d’exister, grosso modo. Cette question-là se retrouve, de manière peut-être atténuée, dans tout le rapport au hasard, dans les addictions au jeux, et c’est aussi présent dans la question du sport extrême. »

Ainsi rouler trop vite sur l’autoroute, jouer à des jeux de hasard, pratiquer un sport dit « extrême » (ce qui, il faut toujours le rappeler, n’est qu’une étiquette marketing) relèveraient tous d’un même phénomène : l’ordalie. Étant donné le contexte dans lequel la question est posée, on pourrait en venir à penser que boire une boisson à l’image sulfureuse en relève également. En fait, les pistes sont brouillées car plusieurs notions différentes sont ici mélangées : le hasard, le danger, le risque, le jeu, le sport, l’addiction, l’ordalie. […]

Le cas de FederSwiss – III

En analysant les cas de IPF et IPTC, j’ai montré plein de détails étranges. Mais pris isolément, ces détails ne suggèrent pas grand chose, ce sont peut-être des erreurs, des imprécisions, l’excès de zèle d’un individu isolé. C’est pris ensemble que ces éléments peuvent faire office de preuve. Ce que je suggère de faire ici, c’est de décortiquer le cas d’une organisation en particulier, FederSwiss. La somme des problèmes que je vais révéler ci-dessous devrait vous convaincre, si ce n’est pas encore le cas, qu’il y a bien quelque chose d’étrange qui se trame derrière IPF, IPTC et toutes les organisations dont ils s’entourent. […]

IPTC et les organisations fantômes – II

Récemment, on m’a signalé que IPF liste parmi ses partenaires FederSwiss, une organisation suisse de handisport. Mieux, IPF a émis une licence reconnaissant FederSwiss comme l’organe national de gouvernance pour le Parkour en Suisse. J’ai immédiatement trouvé cela étrange : pourquoi pas une organisation spécifique à la discipline, qu’elle soit déjà active ou créée dans ce but ? De plus, je n’avais jamais entendu parler de FederSwiss. Quelles sont ses activités ? s’est-elle déjà rapprochée de pratiquants du parkour dans la région ? La prochaine partie sera dédiée spécifiquement à FederSwiss, mais ce qui m’intéresse ici c’est le réseau d’organisations et d’individus dont font partie IPF et FederSwiss. En effet, les deux organisations sont très fières de leur réseau, et comme je le montrerai, il y a beaucoup d’éléments suspects. […]

Qu’est-ce qui ce cache derrière IPF/WFPF ? – I

L’International Parkour Federation (IPF) n’a jamais été au-dessus de tout soupçon. On pouvait déjà évoquer de potentiels conflits d’intérêts entre IPF et la World Freerunning and Parkour Federation (WFPF). Mais récemment, IPF s’est entourée de plusieurs partenaires, en Suisse, Italie et Malte, leur donnant des certificats les reconnaissant comme étant les organes nationaux de gouvernance du parkour. Ceci a mis en évidence un certain nombre de bizarreries : du contenu de site web copié-collé ; des docteurs qui n’en sont pas ; des bâtiments qui n’existent pas ; des individus siégeant dans le comité de dizaines d’organisations sans activité apparente ; des certificats internationaux qui ne sont reconnus par personne… La liste est longue, va bien au-delà de ce qu’on pouvait soupçonner, et ne concerne pas seulement le parkour mais des dizaines de disciplines.

Cette enquête sera divisée en trois parties : une première contextualisant WFPF et IPF pour celleux qui ne connaissent pas ces organisations ; une seconde analysant le curieux réseau qui se tisse autour de IPF ; une troisième se focalisant sur le cas particulier d’une de ces organisations, FederSwiss. […]

Aller au-delà des consignes et des instructions

En éducation physique, la littérature pédagogique repose essentiellement sur des approches cognitivistes, selon lesquelles l’apprentissage consiste à traiter et stocker de l’information, des connaissances, des règles, etc. Avec une telle approche, le mode d’intervention le plus naturel est celui de l’instruction, de la consigne, ou éventuellement du « drill » qui doit permettre d’intérioriser les instructions. Le corps et l’environnement sont largement absents dans ces approches, alors que c’est pourtant un domaine dans lequel ils devraient être prépondérants. Des approches alternatives existent, mais il n’existe presque aucune littérature francophone, et elles sont généralement considérées comme inutiles pour les enseignants. Il existe cependant un court article publié en 2014 dans la revue EP&S qui fait quelques propositions en se revendiquant du courant de l’énaction et de la pédagogie non linéaire. L’article tenant en seulement 3 pages, je vous invite à le parcourir avant de revenir ici . Je propose de le discuter et en particulier de critiquer le point qui me semble problématique. […]

La mise en spectacle du parkour

Dans cet article, je veux m’intéresser à la mise en spectacle du parkour par des acteurs qui ne sont pas eux-mêmes des pratiquants. Certes, on connait bien la mise en spectacle par les pratiquant.e.s eux-mêmes. Cette mise en spectacle a toujours posé des questions, notamment parce qu’il y a une tension entre les aspects viraux qui font que le parkour se diffuse (penser à l’image donnée du parkour dans les films qui l’ont diffusé dans le monde) et des aspects plus terre à terre qui font que le parkour peut être enseigné et pratiqué en sécurité, est toléré par les habitants, est considéré comme une activité légitime, etc.

Cependant, à mon avis le problème prend une ampleur différente et pose de nouvelles questions dès lors qu’il s’agit d’une mise en spectacle par des acteurs externes. Tandis que les traceurs.euses doivent se débrouiller avec l’image qu’ils donnent eux-mêmes de la discipline, des acteurs externes ont une responsabilité relativement faible, peuvent aisément se désolidariser de la discipline le cas échant, et ne sont jamais confrontés à la question de la transmission et de l’enseignement de la discipline. […]

Brotherhood Spirit: une critique

Brotherhood Spirit est le premier long métrage réalisé par Yoann Roig. Et disons-le tout de suite, c’est une première création réussie. Les images sont magnifiques, les plans s’enchaînent fluidement et de manière cohérente. On retiendra notamment une série de « runs » à Mexico City, entre forêt et ruines. Placés immédiatement après un paysage urbain, le contraste est intéressant et donne une atmosphère sauvage. Celle-ci est renforcée par l’utilisation d’une musique tribale et l’entrelacement du parkour avec des séquences de danse. On pourra noter également quelques passages amusants, comme ce traceur qui, entré dans un fort militaire abandonné sans s’être posé de questions, ne parvient plus à en sortir. Le film a aussi eu le mérite de redonner un élan de motivation aux traceurs.euses de la région, leur a “donné envie de bouger”.

On notera également le tour de force qui est de réaliser un documentaire avec si peu de personnel, et probablement de moyens. Seules deux personnes viennent prêter main-forte à Yoann en post-production (sans compter les voix-off). […]

Des traces: stratégies et tactiques

Dans cet article, j’utiliserai un cas concret de gestion de l’espace, afin de montrer en quoi l’espace est l’enjeu de luttes : gestion, mise en ordre, stabilisation ou contestation de cet ordre, renégociation, détournement, adaptation…

En sortant du métro pour se rendre à l’Université de Lausanne, on peut se retrouver face à un chemin faisant une jolie boucle en apparence inutile.

Evidemment, les utilisateurs ont pris l’habitude d’aller au plus court, traçant des raccourcis dans l’herbe, qui ont fini par être presque aussi marqués que le chemin officiel. Ces trajectoires alternatives en viennent ainsi à se stabiliser, devenant préférentielles. Les utilisateurs suivent ainsi un tracé de moins d’un mètre de large.

Au début de l’automne 2016, un grillage a été posé tout le long de la station pour obliger les utilisateurs à prendre le contournement. Une tentative pour imposer un certain ordre et déstabiliser l’usage « illégitime » qui était fait de cet espace. Selon le service des bâtiments de l’UNIL, il s’agit d’éviter que l’herbe soit abîmée et de faciliter l’entretien des espaces verts. […]

Interdire le dopage génétique, est-ce éthique ?

Récemment, l’agence mondiale antidopage (AMA) a publié la mise à jour de son code, applicable dès 2018[1]. Le dopage génétique y était déjà présent depuis 2003, en tant qu’éventualité, mais ce nouveau code compte maintenant une interdiction très spécifique de  « l’utilisation d’agents d’édition génomique conçus pour modifier les séquences génomiques et/ou la régulation transcriptionnelle ou épigénétique de l’expression des gènes ». Ceci fait également suite au développement de techniques de génie génétique prometteuses, telles que celle utilisant le fameux système CRISPR-Cas9. Pour le dire vite, la nouvelle règle de l’AMA interdit les techniques visant à supprimer ou ajouter des séquences d’ADN dans le code génétique, de même que celles permettant de désactiver ou d’activer des gènes spécifiques.

On peut trouver ça souhaitable, surtout lorsque l’on songe aux dommages que pourrait causer une prolifération sauvage de technologies modifiant génétiquement les humains, avec les risques sanitaires mais également normatifs (être modifié se normalise, et peut devenir une exigence pour mener une vie sociale ou professionnelle normale) auxquels on peut penser. […]