Pourquoi parkour-literally.com ?

Edito originalement publié en 2013 sur parkour-literally.com par Naïm L'1consolable.

En 25 ans, le parkour s’est propagé partout. Mais n’importe comment.

Le parkour a beau s’être répandu partout, il s’est perdu quelque part sur la route. A ce jour, beaucoup de personnes le pratiquent, sans pour autant avoir la moindre idée de ce dont il s’agit. Les gens bougent, mais ne savent plus pourquoi. Ils ont perdu le sens. Ils font des vidéos pour mesurer la longueur de leur saut de chat-précision, pour se mesurer les uns aux autres. Ils sautent toujours plus loin, plus haut, sont capables de de performances toujours plus impressionnantes, et dont c’est d’ailleurs l’unique vocation: impressionner. Ils font du spectacle, se donnent à voir dans des “jams”, dans des “showreels”, dans des publicités marchandes, sur Facebook, sur Youtube, partout où ils le peuvent. Ils ont parfois du talent mais jamais aucune humilité, parfois du cran mais jamais aucune lucidité, ils font souvent des sauts très grands, mais sans aucune utilité. Ils font pour montrer. Pour se montrer. Pour montrer qu’ils savent faire. Qu’ils peuvent faire. Mais ils ne savent pas ce qu’ils font. Ils agissent sans réfléchir. Ils ne savent par conséquent pas qu’un double saut de chat ne “sert” à rien, qu’une acrobatie n’est pas du parkour, que le but n’est pas la performance mais l’efficience, que cette dernière suppose au contraire l’économie d’énergie, laquelle exclut la performance comme finalité. Comme elle exclut également l’esthétique comme finalité, et ne la tolère que comme conséquence de la justesse. Tous ces athlètes -comme ils se nomment eux-mêmes- sont victimes d’une société du spectacle qui répand l’image sans les mots, l’apparence sans l’essence. Internet a fait voyager le parkour plus vite que quiconque ne l’aurait imaginé, tout particulièrement depuis l’apparition des plate-formes de vidéos en ligne. Cinéma, télévision, internet: le monde entier a vu le film Yamakasi, les vidéos de David Belle, et s’est empressé d’imiter ce qu’ils voyaient sans chercher à savoir ce qu’il y avait derrière, et ce qu’il y avait eu avant. Sans le sens qui l’accompagne, un saut n’est qu’un saut. L’homme peut sauter aussi loin qu’il veut; il ne fera jamais de parkour sans penser à ce qu’il fait, au but dans lequel il le fait, et à la manière dont il le fait.

C’est pour palier à cette transmission de masse où la quantité a pris le pas sur la qualité, la vitesse sur la patience, et l’image que l’on donne de soi sur la réalité de ce que l’on vit, que ce site voit le jour. C’est un acte inscrit dans un processus de résistance qui existe depuis le début et qui, probablement, ne cessera jamais d’exister. De résistance du parkour contre son propre travestissement. Nous, pratiquants du parkour parmi tant d’autres, écrivons et filmons contre l’oubli. Pour garder le parkour vivant. Nous n’avons pas la prétention de détenir la vérité, simplement d’aimer le parkour, et de croire dans la philosophie et les valeurs dont il est porteur. C’est pourquoi nous sommes habités par une patience sans limites et une détermination sans failles, parce que c’est non pas la haine, l’ambition ou l’opportunisme, mais l’amour que nous avons pour le parkour qui nous anime.

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