Brotherhood Spirit: une critique

Brotherhood Spirit est le premier long métrage réalisé par Yoann Roig. Et disons-le tout de suite, c’est une première création réussie. Les images sont magnifiques, les plans s’enchaînent fluidement et de manière cohérente. On retiendra notamment une série de « runs » à Mexico City, entre forêt et ruines. Placés immédiatement après un paysage urbain, le contraste est intéressant et donne une atmosphère sauvage. Celle-ci est renforcée par l’utilisation d’une musique tribale et l’entrelacement du parkour avec des séquences de danse. On pourra noter également quelques passages amusants, comme ce traceur qui, entré dans un fort militaire abandonné sans s’être posé de questions, ne parvient plus à en sortir. Le film a aussi eu le mérite de redonner un élan de motivation aux traceurs.euses de la région, leur a “donné envie de bouger”.

On notera également le tour de force qui est de réaliser un documentaire avec si peu de personnel, et probablement de moyens. Seules deux personnes viennent prêter main-forte à Yoann en post-production (sans compter les voix-off). […]

Manifeste pour que le parkour reste une alternative

Le parkour est une discipline en pleine sportification : développement d’institutions en dehors et au-dessus du jeu ; commercialisation ; mise en compétition ; quantification de la performance ; régulation ; standardisation ; création de lieux de pratique artificiels, fonctionnellement dédiés séparés des espaces du quotidien ; abstraction et codification des techniques corporelles, développement de formations spécifiques, autonomisation du jeu par rapport aux origines utilitaires du parkour…

Ce manifeste veut revendiquer un autre parkour. Pas nécessairement celui des « origines », mais celui qui est cher à nos yeux, qui a transformé nos vies et a le potentiel de transformer celles d’autrui. Celui qui est vécu comme une alternative au modèle sportif dominant. Celui qui nous parait unique. Celui qui nous fait dire : le parkour n’est pas, et ne deviendra jamais comme les autres sports. Et pourtant…

Le but n’est pas de rallier tout le monde, mais de réaffirmer la pratique en laquelle on croit. Libre aux autres de suivre un autre chemin. […]

À propos de la non-mixité dans le milieu du parkour : constats, questionnements et perspectives

Pour commencer cet article, j’aimerais contextualiser un peu : qu’est-ce qu‘on entend ici par non-mixité ? Ce dont on parle ici, c’est de non-mixité politique, pas simplement de non-mixité comme on en trouve dans les toilettes publiques. Bien entendu, la non-mixité n’est pas spécifique au milieu du parkour : on la retrouve historiquement dans beaucoup de milieux militants. Elle consiste simplement en une pratique partagée par un groupe social, généralement oppressé ou en conflit avec un autre, qui cherche à créer des espaces spécifiques de discussion, d‘activité, de vie, etc., en n’étant pas en présence de l’autre groupe. Dans le cas qui nous intéresse, on parlera spécifiquement de la non-mixité de genre. Cette pratique féministe découle du constat que notre société est fortement genrée et patriarcale : les rôles sociaux sont, implicitement ou non, attribués dès la naissance, et toute une gamme d’activités et de places dans la société sont réservées presque exclusivement aux filles ou aux mecs. […]

5 bonnes raisons de ne jamais participer à aucune compétition de parkour ou de freerunning

« Le parkour est une discipline non-compétitive. » (Hebertiste and TK17)

« Pas de groupe, pas de chef, pas de compétition; juste une voie. » (Sébastien Foucan)

« Le côté martial, c’est la confrontation avec les obstacles. Dans les arts martiaux, t’es obligé de faire mal ou de battre quelqu’un pour savoir que t’es fort. Alors que là [dans le parkour], c’est juste la rencontre entre toi et l’obstacle. C’est toi contre toi-même. » (David Belle)

« Le parkour est un outil qui peut être utilisé pour faire tant de bonnes choses. C’est [important] que les gens en prennent conscience avant qu’il ne soit trop tard et que le parkour ne devienne quelque chose de strictement physique et ne soit réduit au statut de compétition, ou à un moyen de faire de l’argent, et que le message ne soit perdu. » (Daniel Ilabaca)

« Competition pushes people to fight against others for the satisfaction of a crowd and/or the benefits of a few business people by changing its mindset. […]

Fiche-expérimentation: pratiques créatives des espaces

Outillage conceptuel:

1.espace: étendue. Contrairement au lieu, qui est un point figé dans la géométrie spatiale, un endroit désigné, indiqué, limité, circonscrit, l’espace, lui, est mobile, friable, modifiable, habitable, déplaçable. On peut le faire surgir, l’investir, le ré-agencer, le changer. Bref, l’espace est étendue, et l’étendue est mouvement.Et c’est en comprenant cela qu’on en comprend la dimension politique. Finalement, un lieu est un lieu, il est ce qu’il est; mais l’espace, lui, est ce qu’on en fait. Et c’est cela qui en fait l’intérêt. Car si l’espace est mouvement, on peut non seulement y bouger, mais aussi le bouger, le faire bouger. L’espace est en quelque sorte ouvert à toute proposition. Encore faut-il proposer quelque chose.

2.espace public: ensemble des espaces de passage et de rassemblement qui sont à l’usage de tous, l’espace public a pour vocation « d’être le forum où s’expose un problème qui interroge la collectivité ». C’est un espace d’expression et d’échanges entre les individus, espace dans lequel la public-ité (au sens étymologique du terme (état de ce qui est rendu public)) venait originellement créer l’espace de l’agir politique. […]

Parkour : l’art de subvertir le rapport à l’espace public

« Pas plus que la démocratie, l’espace public n’est quelque chose de naturel et qui va de soi. » Hugues Bazin

Prologue : Au cœur de l’exercice définitionnel

Parkour (ou « art du déplacement ») : pratique sportive consistant à se déplacer d’un point A à un point B, et ce en recherchant avant tout l’efficacité dans le franchissement des obstacles. Cette efficacité combine la rapidité, l’économie d’énergie et la prudence. Le Parkour se pratique aussi bien en milieu naturel qu’en milieu urbain, c’est ensuite au traceur(1) d’imaginer le chemin qu’il va suivre, quels obstacles il va franchir et cela en fonction de ses capacités.

Telle est la définition que l’encyclopédie en ligne Wikipédia donne du Parkour. Le terme ne figure à ce jour dans aucun dictionnaire, bien que la pratique qu’il désigne existe vraisemblablement depuis une vingtaine d’années. Et si l’exercice définitionnel n’a jamais cessé de faire débat au sein de la communauté des traceurs, les « puristes » n’admettront aucune extension à une telle définition, principalement, semble-t-il, par souci de fidélité envers la philosophie à l’origine de cette pratique (aspect philosophique hélas exclu de la définition ci-dessus, qui ne fait état que d’une « pratique sportive », quand il s’agit, à mon sens, davantage d’une pratique philosophique, où il est fait un usage qu’on pourrait considérer comme « sportif » du corps humain). […]