Des traces: stratégies et tactiques

Dans cet article, j’utiliserai un cas concret de gestion de l’espace, afin de montrer en quoi l’espace est l’enjeu de luttes : gestion, mise en ordre, stabilisation ou contestation de cet ordre, renégociation, détournement, adaptation…

En sortant du métro pour se rendre à l’Université de Lausanne, on peut se retrouver face à un chemin faisant une jolie boucle en apparence inutile.

Evidemment, les utilisateurs ont pris l’habitude d’aller au plus court, traçant des raccourcis dans l’herbe, qui ont fini par être presque aussi marqués que le chemin officiel. Ces trajectoires alternatives en viennent ainsi à se stabiliser, devenant préférentielles. Les utilisateurs suivent ainsi un tracé de moins d’un mètre de large.

Au début de l’automne 2016, un grillage a été posé tout le long de la station pour obliger les utilisateurs à prendre le contournement. Une tentative pour imposer un certain ordre et déstabiliser l’usage « illégitime » qui était fait de cet espace. Selon le service des bâtiments de l’UNIL, il s’agit d’éviter que l’herbe soit abîmée et de faciliter l’entretien des espaces verts. […]

Lancement du PRESS !

Récemment, la FPK a lancé un nouveau site, le PRESS : le Pôle de Ressources et d’Expertise Sportive et Scientifique. Il s’agit d’une structure interne de la fédération qui vise à promouvoir la recherche scientifique sur le parkour.

Sur ce site vous trouverez de nombreuses ressources scientifiques sur le Parkour : articles scientifiques, mémoires, fiches méthodes, ouvrages, etc. sur des thèmes allant de l’histoire à la sociologie, de la biomécanique à la physiologie. Nous tâcherons de partager sur Traces les publications du PRESS les plus importantes, mais le gros de leur travail est à consulter sur leur site. S’il est encore en développement, il contient déjà quelques articles intéressants.

Au delà de ça, le PRESS est une plateforme francophone de mise en relation entre chercheurs, experts, étudiants, ou toute autre personne intéressée par le développement de contenus scientifique. Nous serons donc probablement amenés à travailler avec eux dans les années à venir, étant donné qu’une partie de notre équipe se destine à la production de contenus scientifiques également. […]

La vidéo comme méthode d’entrainement

La vidéo a une grande importance dans le parkour. Notre pratique ne s’est pas répandue sur la surface du globe sur la base de journaux papier, d’enseignants spécifiquement formés ou de grandes fédérations. Le cinéma, les reportages télévisés mais également la multitude de vidéos amateures ont permis sa diffusion, l’émergence et l’apprentissage de patterns techniques, et ont contribué à motiver des jeunes et moins jeunes à tenter l’aventure. Ici, je vais développer un thème peut-être un peu curieux : la vidéo comme méthode d’entrainement et ses effets sur la (ma) motivation.

Il y a bien longtemps, j’ai amorcé une série de vidéos qui présentaient chaque fois un différent « spot » de ma ville. Le but était de montrer différents lieux, pas nécessairement les spots les plus prisés des traceurs, et montrer ce que l’on peut y faire, afin de les valoriser comme espaces de jeu. Le but n’était pas une exhaustivité absolue. Mais le fait de vouloir montrer la diversité de ce qu’on pouvait faire d’un même lieu m’amenait à me rapprocher des limites de ce que je pouvais imaginer et réaliser avec mon corps à un moment donné, dans un espace donné. […]

RAPortage 4 – Extrême gravité



Hier avait lieu à La Vilette
le travestissement du parkour fait sous la forme d’une compèt’,
à l’origine il n’y a que de soi qu’on va à la conquête,
pas du public, et du fric, et du titre que les jurys te remettent,
mais hélas hier c’était l’objet,
et le clou d’un spectacle faisant le culte du sujet,
la pratique en débâcle tandis que trois imposteurs jugeaient
les performances des mecs parce qu’il fallait bien qu’il y ait échecs et succès,
et le présentateur qui suçait
les soit-disant traceurs -car ça n’en est pas, mais ça tu le sais !-,
les qualifiant de super-héros à plusieurs reprises,
si Spiderman l’entendait, gros, il trouverait à juste titre qu’on le méprise,
devant une foule infantilisée
qu’on mobilisait sans cesse avec moult débilités,
on frisait le pire de ce qu’ils diffusent sur l’écran télévisé,
pas à rougir devant Nabila et « Les Anges de la télé-réalité » !
En réalité, c’était peut-être pire:
des demoiselles dénudées dansant sur du son à s’occire,
une mise en scène, oui, mais hélas c’était pas du Shakespeare,
les conneries qu’ils ont dit on pollué jusqu’à l’air que je respire !
« Je vous rappelle qu’on se bat pour une place, pour être le champion officiel ! »,
moi je vois ça comme une farce, comme une farce gravitationnelle :
les types volaient, c’est sûr, mais ils volaient le nom d’une pratique
pour l’offrir en pâture à toutes les raclures des infrastructures médiatiques !
Que de show, de m’as-tu-vus, que d’égos,
que d’athlètes mendiant les applaudissements pour lancer les sauts,
que de volonté mise pour montrer qu’on est pas tous égaux,
que d’imbécilité suscitée, ô combien c’était sot !
Le parkour décliné en divertissement abrutissant,
confiné entre des barrières et des vigiles oppressants,
avec tracé et mouvements imposés aux participants,
que reste-t-il de subversif dans ce parkour conjugué au présent ?
On pressent déjà l’avenir formidable
réservé à tout art dans la mesure où il devient rentable,
lorsque Redbull notamment vient s’inviter à la table,
voit son logo apparaissant sur les structures modulables,
envahissant l’évènement de sa boisson exécrable,
censée donner aux participants une puissance remarquable,
entre sexisme odrinaire, et runs médiocres, voire minables,
Xtreme Gravity hier c’était la preuve que la récupération est interminable !

De l’album RAPortages, paru le 21 décembre 2014 (L’1consolable / Teddy Roxpin)
Mixé et masterisé par L’1consolable chez lui à Paris.
© Tous droits réservés

Lines

Dans cette vidéo (réalisée en Février2015) j’ai décidé de travailler sur les lignes de l’environnement urbain. En me concentrant sur les cadrages,  le côté graphique, les plans de face, la perspective, la symétrie ou les formes géométriques…
Observer ce qui m’entoure de cette manière fut très interessant et enrichissant. notamment dans des lieux qui me sont familiers mais que je n’avais jamais pris le temps de réelement contempler.

Certains mouvements sont justement nés de cette recherche graphique, de ce concept. Il m’arrivait de trouvé un cadrage qui me plaisait, puis de réfléchir aux mouvements qui pourraient s’y adapter, alors que nous procédons généralement dans le sens inverse.

Cela m’a permis de développer autrement ma créativité.

J’ai aussi composé la musique de cette vidéo ( à partir d’une mélodie réalisée auparavant avec Inès Othmani ).  Afin que le son corresponde vraiment au rythme des mouvements, à l’atmosphère, et aux émotions que je voulais transmettre.

Même si le Parkour transforme notre perception de l’environnement, ce projet m’a poussé à aller encore plus loin. En m’éloignant de l’idée de vitesse, de performance, pour simplement prendre le temps de regarder attentivement ce qui m’entoure.

On peut retrouver la musique ici :

Notre nouvelle page facebook est en ligne !

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Bonne lecture ! […]

S’entraîner au Parkour ?

S’entraîner au Parkour c’est quoi ?
Il y a l’apprentissage d’un répertoire technique. La maitrise de son corps et la compréhension du mouvement. Un développement physique et mental.
Être capable de se déplacer à toutes vitesses, dans tous types d’environnement, de manière sure et contrôlée. Être capable de faire face à toutes sortes d’obstacles, savoir ce que l’on est capable de faire ou pas.
Découvrir la notion de fluidité sur des mouvements et des enchaînements. Apprendre à bien se réceptionner après un saut en hauteur, en longueur, de travers, avec ou sans élan, avec une maitrise de la roulade. Apprendre à doser un saut, pousser plus ou moins fort et dans la bonne trajectoire pour un amorti léger, précis et équilibré.
S’entraîner à passer partout, prendre appuis sur un mur et se hisser au dessus, des murs de toutes tailles, avec tous types de revêtements. Être capable de grimper dans un arbre, sauter sur un tronc, une branche, une barrière, un poteau, marcher en équilibre sur une barrière, faire un tour sur sois même, se déplacer suspendu par les bras…
Faire un tic-tac, un passe muraille, un retour, un saut de fond, un saut de chat classique, plongé, inversé, intégral, un lazy-vault de face, de coté, un speed-vault, un passage glissé, un passage espagnol, une simple roulade, avant, arrière, de coté, plongée… Il existe une infinité de techniques à découvrir, à créer sur mesure…
S’aventurer dans toutes sortes de parcours et viser le « sans fautes » pour apprendre à se fixer des objectifs réalisables du premier coup. […]

Interdire le dopage génétique, est-ce éthique ?

Récemment, l’agence mondiale antidopage (AMA) a publié la mise à jour de son code, applicable dès 2018[1]. Le dopage génétique y était déjà présent depuis 2003, en tant qu’éventualité, mais ce nouveau code compte maintenant une interdiction très spécifique de  « l’utilisation d’agents d’édition génomique conçus pour modifier les séquences génomiques et/ou la régulation transcriptionnelle ou épigénétique de l’expression des gènes ». Ceci fait également suite au développement de techniques de génie génétique prometteuses, telles que celle utilisant le fameux système CRISPR-Cas9. Pour le dire vite, la nouvelle règle de l’AMA interdit les techniques visant à supprimer ou ajouter des séquences d’ADN dans le code génétique, de même que celles permettant de désactiver ou d’activer des gènes spécifiques.

On peut trouver ça souhaitable, surtout lorsque l’on songe aux dommages que pourrait causer une prolifération sauvage de technologies modifiant génétiquement les humains, avec les risques sanitaires mais également normatifs (être modifié se normalise, et peut devenir une exigence pour mener une vie sociale ou professionnelle normale) auxquels on peut penser. […]

La compétition et le parkour

Ce texte s’intéresse à la question de la compétition en parkour, vise à clarifier la position « anti-compétition », à poser et critiquer des arguments fréquents, cela dans le but d’établir des bases afin de pouvoir élever le débat.

Commençons par relever 3 éléments, une fois pour toutes :

  1. Nous ne craignons pas pour notre pratique individuelle. Nous savons très bien que personne ne va nous forcer à faire de la compétition. Nous savons que, a priori, une pratique alternative est possible, même sous un modèle dominant (n’est-ce pas ce qu’est déjà le parkour, par rapport au monde sportif « traditionnel » ?).
  2. Nous ne sommes pas là pour imposer par la force notre modèle. Personne de sensé ne parle d’interdire la compétition. Néanmoins, nous considérons que le modèle non compétitif comme meilleur, et voulons donc le privilégier, en exposant de manière discursive les désavantages du modèle compétitif mais surtout en ne faisant pas la promotion des valeurs compétitives dans notre pratique personnelle (on pense ici principalement aux interactions avec les débutants ou le public, que ce soit entre amis, au sein d’une association, à travers les médias, etc.).
[…]

À propos de la non-mixité dans le milieu du parkour : constats, questionnements et perspectives

Pour commencer cet article, j’aimerais contextualiser un peu : qu’est-ce qu‘on entend ici par non-mixité ? Ce dont on parle ici, c’est de non-mixité politique, pas simplement de non-mixité comme on en trouve dans les toilettes publiques. Bien entendu, la non-mixité n’est pas spécifique au milieu du parkour : on la retrouve historiquement dans beaucoup de milieux militants. Elle consiste simplement en une pratique partagée par un groupe social, généralement oppressé ou en conflit avec un autre, qui cherche à créer des espaces spécifiques de discussion, d‘activité, de vie, etc., en n’étant pas en présence de l’autre groupe. Dans le cas qui nous intéresse, on parlera spécifiquement de la non-mixité de genre. Cette pratique féministe découle du constat que notre société est fortement genrée et patriarcale : les rôles sociaux sont, implicitement ou non, attribués dès la naissance, et toute une gamme d’activités et de places dans la société sont réservées presque exclusivement aux filles ou aux mecs. […]