Lancement !

Nous sommes heureux de lancer Traces, une plateforme collaborative rassemblant des auteurs francophones provenant du monde du parkour ! Ici, nous nous intéressererons au mouvement, à la philosophie, à la politique, à l’art et à la science. Nous souhaitons proposer du contenu rigoureux, tout en défendant nos valeurs et notre culture.
Du contenu original (articles, récits, guides, critiques, vidéos, commentaires sur l’actualité…) sera publié. Mais nous allons également sauver de l’oubli et tirer des tréfonds d’internet d’anciennes publications, lorsqu’elles ont eu une importance dans le développement du parkour et nous paraissent encore particulièrement pertinentes. Ainsi, nous allons pouvoir repartager une partie des publications des defunts parkour.net et parkour-literally.com.
Créée par Mayt et Yann Daout, la plateforme se réjouit d’accueillir d’autres contributeurs, tels que David Pagnon et Sam Govindin. Ponctuellement, nous serons rejoints par des invités.

Vous souhaitez contribuer à Traces ? Vous pouvez proposer du contenu ou rejoindre notre équipe de contributeurs en nous contactant.

La compétition et le parkour

Ce texte s’intéresse à la question de la compétition en parkour, vise à clarifier la position « anti-compétition », à poser et critiquer des arguments fréquents, cela dans le but d’établir des bases afin de pouvoir élever le débat.

Commençons par relever 3 éléments, une fois pour toutes :

  1. Nous ne craignons pas pour notre pratique individuelle. Nous savons très bien que personne ne va nous forcer à faire de la compétition. Nous savons que, a priori, une pratique alternative est possible, même sous un modèle dominant (n’est-ce pas ce qu’est déjà le parkour, par rapport au monde sportif « traditionnel » ?).
  2. Nous ne sommes pas là pour imposer par la force notre modèle. Personne de sensé ne parle d’interdire la compétition. Néanmoins, nous considérons que le modèle non compétitif comme meilleur, et voulons donc le privilégier, en exposant de manière discursive les désavantages du modèle compétitif mais surtout en ne faisant pas la promotion des valeurs compétitives dans notre pratique personnelle (on pense ici principalement aux interactions avec les débutants ou le public, que ce soit entre amis, au sein d’une association, à travers les médias, etc.).
[…]

À propos de la non-mixité dans le milieu du parkour : constats, questionnements et perspectives.

Pour commencer cet article, j’aimerais contextualiser un peu : qu’est-ce qu‘on entend ici par non-mixité ? Ce dont on parle ici, c’est de non-mixité politique, pas simplement de non-mixité comme on en trouve dans les toilettes publiques. Bien entendu, la non-mixité n’est pas spécifique au milieu du parkour : on la retrouve historiquement dans beaucoup de milieux militants. Elle consiste simplement en une pratique partagée par un groupe social, généralement oppressé ou en conflit avec un autre, qui cherche à créer des espaces spécifiques de discussion, d‘activité, de vie, etc., en n’étant pas en présence de l’autre groupe. Dans le cas qui nous intéresse, on parlera spécifiquement de la non-mixité de genre. Cette pratique féministe découle du constat que notre société est fortement genrée et patriarcale : les rôles sociaux sont, implicitement ou non, attribués dès la naissance, et toute une gamme d’activités et de places dans la société sont réservées presque exclusivement aux filles ou aux mecs. […]

Réflexion sur les « Strides » ( Enjambées, Foulées )

A plusieures reprises j’ai vu des gens s’étonner de la possibilité d’encaisser « l’impact » de ce genre de saut sur une seule jambe. Je définierai chaque appui comme un contact le plus léger possible plutôt qu’un impact. Car je ne m’arrête pas du tout sur chacun de ces appuis, au contraire.

J’encaisse  l’impact induit par ces mouvements grâce à la course qui suit, permettant de dissiper toute l’énergie accumulée de façon dégressive ( comme une roulade  après un saut de fond ). Même lorsque j’amortis le dernier mouvement pieds joints et que je ralentis de façon beaucoup plus nette il m’arrive souvent d’être emporté vers l’avant, de ne pas stabiliser le mouvement.

J’essaye de redistribuer la force avec l’ensemble de mon corps même s’il n’y a qu’une jambe en appui avec l’obstacle à un moment donné. La position et la force de mes bras, mes épaules, mon bassin et ma jambe libre ont autant d’importance que la force que je met dans la jambe qui semble « encaisser ».
Je commence avec une certaine énergie et je relance le mouvement à chaque appui pour la conserver au maximum.
Plus je prends de vitesse, plus j’augmente la force horizontale qui entraine mon corps vers l’avant, moins je subis l’impact vertical à chaque concact, induit par la gravité.

Je pense que strides sont parfois considérés comme une succession de sauts, que l’on pourrait isoler les uns des autres, alors qu’ils devraient être perçus comme un ensemble.
Lorsqu’on marche on se laisse constament tomber vers l’avant avant de rattraper notre chute. On donne une énergie initiale qu’on conserve ensuite, on est constament en contact avec le sol. Lorsqu’on sprint la même action se produit à une vitesse beaucoup plus importante. Plus la vitesse augmente, plus les foulées s’agrandissent, plus le temps en contact avec le sol diminue. Je cherche à me rapprocher de cette sensation autant que possible.

Il faut cependant être capable de comprendre et de travailler la technique de chaque foulée. Et je pense qu’il est beaucoup plus pertinent de travailler sa technique de course, de l’analyser, la décomposer à l’arrêt, puis progressivement avec de plus en plus de vitesse, au lieu de se concentrer directement sur sa technique de saut.

Nous apprenons à marcher, puis à courir, puis à sauter. J’ai l’impression que les premières étapes sont trop souvent négligées. La course n’est pas assez mise en avant en tant que base dans le milieu du Parkour alors qu’elle est surement la technique la plus utilisée.

Parkour, sémiotique et perception des espaces urbains

En pratiquant la danse et la chorégraphie, je puisais de l’inspiration dans mon environnement. J’utilisais les sensations que je ressentais, les formes, les couleurs, les textures comme stimuli pour créer du mouvement. En commençant à pratiquer le parkour, la façon dont je percevais l’environnement et le comprenais s’est développée très rapidement et de façon inattendue. En effet, des espaces que je négligeais ou qui n’avaient aucune valeur particulière pour moi sont devenu des endroits de valeur (positive ou négative) qui m’offraient des possibilités de mouvement. De cette constatation, j’ai décidé d’explorer la façon dont le mouvement de danseurs et de traceurs est inspiré par l’environnement, en quoi ce mouvement influence la compréhension de la ville par les danseurs et traceurs, mais également pour les passants qui en sont témoins. J’ai demandé à des danseurs et des traceurs d’investir certains espaces urbains et j’ai photographié leurs différentes réactions a ceux-ci. Ce projet sous forme d’installation photographique et de document explicatif fut présenté en 2016 au Laban Conservatoire for Contemporary Dance. […]

Philosophie et pratique sportive

Fresque des jeunes boxeurs, Akrotiri, v. 1500 av. JC

A la suite de Pierre Hadot et de Michel Foucault, la philosophie antique peut être conçue comme exercice spirituel, c’est-à-dire comme une “discipline dont l’enjeu est de transformer la manière de vivre, d’appréhender le monde”[1]. Il s’agissait indissociablement d’un discours et d’une mise en œuvre pratique, y compris corporelle. Or le discours et la pratique, l’intellect et le corps sont aujourd’hui le plus souvent séparés et même régulièrement montés en opposition. Dans le milieu scolaire par exemple, le sport est souvent perçu comme une perte de temps, limitant les activités intellectuelles. On argumentera ici au contraire le besoin d’une unité. Or, il me semble que l’on peut s’inspirer de la philosophie antique pour penser une telle unité et concevoir un mode de vie philosophique (ou une philosophie comme art de vivre) adapté à notre époque. Comment doit-on alors y penser la place du sport ?

Dans le langage courant, le mot sport est utilisé de manière peu spécifique, regroupant les jeux antiques et modernes, les pratiques physiques, qu’elles soient hygiéniques, compétitives, ludiques ou d’entrainement.

[…]

Mais pourquoi ils font ça ?!

Introduction

Lorsqu’on m’a proposé d’écrire un article pour Urban Culture et pour la FPK, j’ai été bien chaud jusqu’à ce que vienne le moment de prendre la plume: qu’allais-je donc bien pouvoir écrire? Il me semblait que tous les sujets intéressants avaient déjà été choisis. Et si c’était pour rédiger des banalités dites et redites, autant m’abstenir. Je me suis donc abstenu – dans un premier temps. L’idée m’est ensuite venue d’utiliser un joker. J’ai donc fait appel à l’une de mes sœurs et à ma mère, toutes deux parfaites incultes en la matière, et leur ai demandé quelle était la première question qui leur venait à l’esprit lorsqu’on leur parlait du parkour. La réponse ne s’est pas faite attendre, elles ont répondu toutes deux dans un unisson quasi-symphonique, l’une « à quoi ça sert?« , et l’autre « quel est l’intérêt« .

Mais pourquoi ??!

Hum. Passés le terrible choc et la profonde désillusion liée à une telle incompréhension de la part de ma propre famille, je me suis dit que je tenais peut-être une idée à creuser. […]

Le Parkour, la vie.

Bien que l’activité soit en plein boom, le terme de « parkour » (ou de « traceur », le pratiquant de parkour) ne parle pas encore à tout le monde. Wikipédia parle d’une « activité physique qui vise à un déplacement libre et efficace dans tous types d’environnements, et en particulier hors des voies de passage préétablies ». La fédération de parkour décrit une « activité physique consistant à se déplacer efficacement grâce à ses seules capacités motrices, dans différents types d’environnements ». On entend souvent que c’est « l’art de se déplacer d’un point A à un point B de la manière la plus efficace possible ». Souvent, le stéréotype classique se représente des « jeunes casse-cous qui grimpent, courent et sautent partout, en particulier en faisant des saltos d’immeuble en immeuble ».

J’y vois quant-à moi un objet bien plus simple et bien plus large. Le parkour commence dès lors que confronté à un obstacle menaçant votre avancée, vous choisissez de ne pas faire demi-tour – du moins, pas d’office. […]

Bibliographie et filmographie

Qu’est-ce-que le parkour?
Le parkour est né il y a une vingtaine d’années à Lisses, en banlieue parisienne, fondé par David Belle, inspiré par son père, Raymond Belle. Le mot “parkour”, dérivé de “parcours”, désigne en réalité deux choses bien distinctes: premièrement, un moyen de locomotion basé sur le principe d’efficience et ne faisant usage que du corps humain ainsi que des structures et objets se trouvant sur sa route (finalité de la pratique); deuxièmement, une méthode d’entraînement, incluant des exercices techniques, physiques, et mentaux destinés à rendre possible l’usage de ce moyen de locomotion (moyen pour atteindre cette finalité). Ces deux dimensions sont évidemment intrinsèquement liées puisque l’une est la condition rendant possible l’autre. Aussi sont-elles désignées par le même vocable: parkour. L’efficience, maître mot du parkour, se définit comme l’optimisation des moyens mis en oeuvre pour parvenir à un résultat; autrement dit, c’est la capacité de produire le maximum de résultats avec le minimum d’effort, de dépense. L’efficience recouvre donc plusieurs dimensions : vitesse, sécurité, économie d’énergie, capacité d’adaptation, fluidité. […]

Pourquoi parkour-literally.com ?

En 25 ans, le parkour s’est propagé partout. Mais n’importe comment.

Le parkour a beau s’être répandu partout, il s’est perdu quelque part sur la route. A ce jour, beaucoup de personnes le pratiquent, sans pour autant avoir la moindre idée de ce dont il s’agit. Les gens bougent, mais ne savent plus pourquoi. Ils ont perdu le sens. Ils font des vidéos pour mesurer la longueur de leur saut de chat-précision, pour se mesurer les uns aux autres. Ils sautent toujours plus loin, plus haut, sont capables de de performances toujours plus impressionnantes, et dont c’est d’ailleurs l’unique vocation: impressionner. Ils font du spectacle, se donnent à voir dans des “jams”, dans des “showreels”, dans des publicités marchandes, sur Facebook, sur Youtube, partout où ils le peuvent. Ils ont parfois du talent mais jamais aucune humilité, parfois du cran mais jamais aucune lucidité, ils font souvent des sauts très grands, mais sans aucune utilité. Ils font pour montrer. Pour se montrer. […]