La vidéo comme méthode d’entrainement

La vidéo a une grande importance dans le parkour. Notre pratique ne s’est pas répandue sur la surface du globe sur la base de journaux papier, d’enseignants spécifiquement formés ou de grandes fédérations. Le cinéma, les reportages télévisés mais également la multitude de vidéos amateures ont permis sa diffusion, l’émergence et l’apprentissage de patterns techniques, et ont contribué à motiver des jeunes et moins jeunes à tenter l’aventure. Ici, je vais développer un thème peut-être un peu curieux : la vidéo comme méthode d’entrainement et ses effets sur la (ma) motivation.

Il y a bien longtemps, j’ai amorcé une série de vidéos qui présentaient chaque fois un différent « spot » de ma ville. Le but était de montrer différents lieux, pas nécessairement les spots les plus prisés des traceurs, et montrer ce que l’on peut y faire, afin de les valoriser comme espaces de jeu. Le but n’était pas une exhaustivité absolue. Mais le fait de vouloir montrer la diversité de ce qu’on pouvait faire d’un même lieu m’amenait à me rapprocher des limites de ce que je pouvais imaginer et réaliser avec mon corps à un moment donné, dans un espace donné. […]

RAPortage 4 – Extrême gravité



Hier avait lieu à La Vilette
le travestissement du parkour fait sous la forme d’une compèt’,
à l’origine il n’y a que de soi qu’on va à la conquête,
pas du public, et du fric, et du titre que les jurys te remettent,
mais hélas hier c’était l’objet,
et le clou d’un spectacle faisant le culte du sujet,
la pratique en débâcle tandis que trois imposteurs jugeaient
les performances des mecs parce qu’il fallait bien qu’il y ait échecs et succès,
et le présentateur qui suçait
les soit-disant traceurs -car ça n’en est pas, mais ça tu le sais !-,
les qualifiant de super-héros à plusieurs reprises,
si Spiderman l’entendait, gros, il trouverait à juste titre qu’on le méprise,
devant une foule infantilisée
qu’on mobilisait sans cesse avec moult débilités,
on frisait le pire de ce qu’ils diffusent sur l’écran télévisé,
pas à rougir devant Nabila et « Les Anges de la télé-réalité » !
En réalité, c’était peut-être pire:
des demoiselles dénudées dansant sur du son à s’occire,
une mise en scène, oui, mais hélas c’était pas du Shakespeare,
les conneries qu’ils ont dit on pollué jusqu’à l’air que je respire !
« Je vous rappelle qu’on se bat pour une place, pour être le champion officiel ! »,
moi je vois ça comme une farce, comme une farce gravitationnelle :
les types volaient, c’est sûr, mais ils volaient le nom d’une pratique
pour l’offrir en pâture à toutes les raclures des infrastructures médiatiques !
Que de show, de m’as-tu-vus, que d’égos,
que d’athlètes mendiant les applaudissements pour lancer les sauts,
que de volonté mise pour montrer qu’on est pas tous égaux,
que d’imbécilité suscitée, ô combien c’était sot !
Le parkour décliné en divertissement abrutissant,
confiné entre des barrières et des vigiles oppressants,
avec tracé et mouvements imposés aux participants,
que reste-t-il de subversif dans ce parkour conjugué au présent ?
On pressent déjà l’avenir formidable
réservé à tout art dans la mesure où il devient rentable,
lorsque Redbull notamment vient s’inviter à la table,
voit son logo apparaissant sur les structures modulables,
envahissant l’évènement de sa boisson exécrable,
censée donner aux participants une puissance remarquable,
entre sexisme odrinaire, et runs médiocres, voire minables,
Xtreme Gravity hier c’était la preuve que la récupération est interminable !

De l’album RAPortages, paru le 21 décembre 2014 (L’1consolable / Teddy Roxpin)
Mixé et masterisé par L’1consolable chez lui à Paris.
© Tous droits réservés

Lines

Dans cette vidéo (réalisée en Février2015) j’ai décidé de travailler sur les lignes de l’environnement urbain. En me concentrant sur les cadrages,  le côté graphique, les plans de face, la perspective, la symétrie ou les formes géométriques…
Observer ce qui m’entoure de cette manière fut très interessant et enrichissant. notamment dans des lieux qui me sont familiers mais que je n’avais jamais pris le temps de réelement contempler.

Certains mouvements sont justement nés de cette recherche graphique, de ce concept. Il m’arrivait de trouvé un cadrage qui me plaisait, puis de réfléchir aux mouvements qui pourraient s’y adapter, alors que nous procédons généralement dans le sens inverse.

Cela m’a permis de développer autrement ma créativité.

J’ai aussi composé la musique de cette vidéo ( à partir d’une mélodie réalisée auparavant avec Inès Othmani ).  Afin que le son corresponde vraiment au rythme des mouvements, à l’atmosphère, et aux émotions que je voulais transmettre.

Même si le Parkour transforme notre perception de l’environnement, ce projet m’a poussé à aller encore plus loin. En m’éloignant de l’idée de vitesse, de performance, pour simplement prendre le temps de regarder attentivement ce qui m’entoure.

On peut retrouver la musique ici :

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Bonne lecture ! […]

S’entraîner au Parkour ?

S’entraîner au Parkour c’est quoi ?
Il y a l’apprentissage d’un répertoire technique. La maitrise de son corps et la compréhension du mouvement. Un développement physique et mental.
Être capable de se déplacer à toutes vitesses, dans tous types d’environnement, de manière sure et contrôlée. Être capable de faire face à toutes sortes d’obstacles, savoir ce que l’on est capable de faire ou pas.
Découvrir la notion de fluidité sur des mouvements et des enchaînements. Apprendre à bien se réceptionner après un saut en hauteur, en longueur, de travers, avec ou sans élan, avec une maitrise de la roulade. Apprendre à doser un saut, pousser plus ou moins fort et dans la bonne trajectoire pour un amorti léger, précis et équilibré.
S’entraîner à passer partout, prendre appuis sur un mur et se hisser au dessus, des murs de toutes tailles, avec tous types de revêtements. Être capable de grimper dans un arbre, sauter sur un tronc, une branche, une barrière, un poteau, marcher en équilibre sur une barrière, faire un tour sur sois même, se déplacer suspendu par les bras…
Faire un tic-tac, un passe muraille, un retour, un saut de fond, un saut de chat classique, plongé, inversé, intégral, un lazy-vault de face, de coté, un speed-vault, un passage glissé, un passage espagnol, une simple roulade, avant, arrière, de coté, plongée… Il existe une infinité de techniques à découvrir, à créer sur mesure…
S’aventurer dans toutes sortes de parcours et viser le « sans fautes » pour apprendre à se fixer des objectifs réalisables du premier coup. […]

Interdire le dopage génétique, est-ce éthique ?

Récemment, l’agence mondiale antidopage (AMA) a publié la mise à jour de son code, applicable dès 2018[1]. Le dopage génétique y était déjà présent depuis 2003, en tant qu’éventualité, mais ce nouveau code compte maintenant une interdiction très spécifique de  « l’utilisation d’agents d’édition génomique conçus pour modifier les séquences génomiques et/ou la régulation transcriptionnelle ou épigénétique de l’expression des gènes ». Ceci fait également suite au développement de techniques de génie génétique prometteuses, telles que celle utilisant le fameux système CRISPR-Cas9. Pour le dire vite, la nouvelle règle de l’AMA interdit les techniques visant à supprimer ou ajouter des séquences d’ADN dans le code génétique, de même que celles permettant de désactiver ou d’activer des gènes spécifiques.

On peut trouver ça souhaitable, surtout lorsque l’on songe aux dommages que pourrait causer une prolifération sauvage de technologies modifiant génétiquement les humains, avec les risques sanitaires mais également normatifs (être modifié se normalise, et peut devenir une exigence pour mener une vie sociale ou professionnelle normale) auxquels on peut penser. […]

La compétition et le parkour

Ce texte s’intéresse à la question de la compétition en parkour, vise à clarifier la position « anti-compétition », à poser et critiquer des arguments fréquents, cela dans le but d’établir des bases afin de pouvoir élever le débat.

Commençons par relever 3 éléments, une fois pour toutes :

  1. Nous ne craignons pas pour notre pratique individuelle. Nous savons très bien que personne ne va nous forcer à faire de la compétition. Nous savons que, a priori, une pratique alternative est possible, même sous un modèle dominant (n’est-ce pas ce qu’est déjà le parkour, par rapport au monde sportif « traditionnel » ?).
  2. Nous ne sommes pas là pour imposer par la force notre modèle. Personne de sensé ne parle d’interdire la compétition. Néanmoins, nous considérons que le modèle non compétitif comme meilleur, et voulons donc le privilégier, en exposant de manière discursive les désavantages du modèle compétitif mais surtout en ne faisant pas la promotion des valeurs compétitives dans notre pratique personnelle (on pense ici principalement aux interactions avec les débutants ou le public, que ce soit entre amis, au sein d’une association, à travers les médias, etc.).
[…]

À propos de la non-mixité dans le milieu du parkour : constats, questionnements et perspectives.

Pour commencer cet article, j’aimerais contextualiser un peu : qu’est-ce qu‘on entend ici par non-mixité ? Ce dont on parle ici, c’est de non-mixité politique, pas simplement de non-mixité comme on en trouve dans les toilettes publiques. Bien entendu, la non-mixité n’est pas spécifique au milieu du parkour : on la retrouve historiquement dans beaucoup de milieux militants. Elle consiste simplement en une pratique partagée par un groupe social, généralement oppressé ou en conflit avec un autre, qui cherche à créer des espaces spécifiques de discussion, d‘activité, de vie, etc., en n’étant pas en présence de l’autre groupe. Dans le cas qui nous intéresse, on parlera spécifiquement de la non-mixité de genre. Cette pratique féministe découle du constat que notre société est fortement genrée et patriarcale : les rôles sociaux sont, implicitement ou non, attribués dès la naissance, et toute une gamme d’activités et de places dans la société sont réservées presque exclusivement aux filles ou aux mecs. […]

Réflexion sur les « Strides » ( Enjambées, Foulées )

A plusieures reprises j’ai vu des gens s’étonner de la possibilité d’encaisser « l’impact » de ce genre de saut sur une seule jambe. Je définierai chaque appui comme un contact le plus léger possible plutôt qu’un impact. Car je ne m’arrête pas du tout sur chacun de ces appuis, au contraire.

J’encaisse l’impact induit par ces mouvements grâce à la course qui suit, permettant de dissiper toute l’énergie accumulée de façon dégressive ( comme une roulade  après un saut de fond ). Même lorsque j’amortis le dernier mouvement pieds joints et que je ralentis de façon beaucoup plus nette il m’arrive souvent d’être emporté vers l’avant, de ne pas stabiliser le mouvement.

J’essaye de redistribuer la force avec l’ensemble de mon corps même s’il n’y a qu’une jambe en appui avec l’obstacle à un moment donné. La position et la force de mes bras, mes épaules, mon bassin et ma jambe libre ont autant d’importance que la force que je met dans la jambe qui semble « encaisser ».
Je commence avec une certaine énergie et je relance le mouvement à chaque appui pour la conserver au maximum.
Plus je prends de vitesse, plus j’augmente la force horizontale qui entraine mon corps vers l’avant, moins je subis l’impact vertical à chaque concact, induit par la gravité.

Je pense que strides sont parfois considérés comme une succession de sauts, que l’on pourrait isoler les uns des autres, alors qu’ils devraient être perçus comme un ensemble.
Lorsqu’on marche on se laisse constament tomber vers l’avant avant de rattraper notre chute. On donne une énergie initiale qu’on conserve ensuite, on est constament en contact avec le sol. Lorsqu’on sprint la même action se produit à une vitesse beaucoup plus importante. Plus la vitesse augmente, plus les foulées s’agrandissent, plus le temps en contact avec le sol diminue. Je cherche à me rapprocher de cette sensation autant que possible.

Il faut cependant être capable de comprendre et de travailler la technique de chaque foulée. Et je pense qu’il est beaucoup plus pertinent de travailler sa technique de course, de l’analyser, la décomposer à l’arrêt, puis progressivement avec de plus en plus de vitesse, au lieu de se concentrer directement sur sa technique de saut.

Nous apprenons à marcher, puis à courir, puis à sauter. J’ai l’impression que les premières étapes sont trop souvent négligées. La course n’est pas assez mise en avant en tant que base dans le milieu du Parkour alors qu’elle est surement la technique la plus utilisée.

Parkour, sémiotique et perception des espaces urbains

En pratiquant la danse et la chorégraphie, je puisais de l’inspiration dans mon environnement. J’utilisais les sensations que je ressentais, les formes, les couleurs, les textures comme stimuli pour créer du mouvement. En commençant à pratiquer le parkour, la façon dont je percevais l’environnement et le comprenais s’est développée très rapidement et de façon inattendue. En effet, des espaces que je négligeais ou qui n’avaient aucune valeur particulière pour moi sont devenu des endroits de valeur (positive ou négative) qui m’offraient des possibilités de mouvement. De cette constatation, j’ai décidé d’explorer la façon dont le mouvement de danseurs et de traceurs est inspiré par l’environnement, en quoi ce mouvement influence la compréhension de la ville par les danseurs et traceurs, mais également pour les passants qui en sont témoins. J’ai demandé à des danseurs et des traceurs d’investir certains espaces urbains et j’ai photographié leurs différentes réactions a ceux-ci. Ce projet sous forme d’installation photographique et de document explicatif fut présenté en 2016 au Laban Conservatoire for Contemporary Dance. […]